Impasse des Pas Perdus

Ecrire, avancer les mots... sur l'Art naïf, les jardins à visiter, mes carnets de voyage, les lectures, ainsi que ma passion des iris...

20 août 2015

A l'ombre de la conscience de Paul Dardé ou l'enterrement d'une oeuvre

 

 

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Il est si doux ce visage qui symbolise l'innocence. Ces yeux questionnent la vie après la perte d'un père, durant la Première Guerre Mondiale.

Lodève fut touché par ces départs qui frappèrent indifféremment toutes les classes sociales.

 

Monument aux morts de Lodève

« Je sculpterai non pas pour ce monde puant et civilisé,
mais pour les solitudes… Où ? Vous le savez : je travaillerai,
à l'avenir, pour le Larzac. » 1931

 

Le sculpteur, Paul Dardé, témoin de ce désastre, vit à Lodève. Il témoigne par cette oeuvre magistrale les deuils conjoints et la douleur de la perte.

Lors de son service militaire à Montpellier, ses supérieurs l'autorisent à suivre les cours du soir à l'école des Beaux-Arts à Montpellier. En 1912, il est admis à l'école des Beaux Arts de Paris, dans l'atelier de Jean Antoine Injalbert, qu'il abandonne rapidement, car il rejette l'acadmémisme. Boursier d'étude, il part en Italie et découvre Venise, Rome, Florence et Bologne sur une période de trois mois. A son retour, il rentre sur Paris et intègre cette meme année l'atelier d'Auguste Rodin. Son séjour ne dure que trois jours, car il lui est confié que des travaux subalternes.  Proposé à sa succession, il tourne le dos à la vie mondaine, pour revenir à Lodève, libre et indépendant.

La guerre est là, il part pour le front et devient brancardier. Il déserte le front, fuit vers le Midi et est arreté à Riom. Hospitalisé à la clinique Saint Charles à Montpellier, il réalise des croquis grace au soutien d'un médecin russe Mr Bouzansky qui lui procure de quoi dessiner en lui disant : "Vous seul vous pouvez vous guérir". Il est reconnu inapte au service actif en décembre. Réformé, il a pour seul compagnon sa liberté neutralisé par le souvenir des horreurs de la guerre. Il commence la série des monuments aux morts et oeuvre pour la postérité.

Avec Alice Caubel de Lodève, il découvre la joie et s'installe à Soubès. Alors qu'il est à Paris, il envoie le 15 avril 1919, le dessin du projet pour la commande de ce monument aux morts qui sera conçu pour fin 1921 à Soubès et installé la veille de Noel à Lodève. Le croquis atteste d'une superficie de 3 m sur 2,50 m, soit un volume total de 10 m3. Le 20 aout 1919, il signe la convention avec le Maire de Lodève, Joseph Ruilhac.

Il est accueilli à Paris par Armand Dayot, du journal "L'Art et les artistes". En 1919, il expose seul dans la galerie Devambez à Paris, mais aussi au Grand Palais : "La Grande Douleur" et "Le Grand Faune", sculptures qui le propulsent à la gloire. Durant sa carrière, il fera sept expositions parisiennes et obtint le Grand Prix National des Arts en 1920.

L'enfant est accompagné de quatre femmes dressées au pied du gisant dont la taille est produite avec un effet de perspective, comme vue des yeux de cet orphelin tant il est grand. Les bottes au premier plan cadrent le décor, les jambes sont écartées, il git à meme la terre. Les femmes symbolisent les saisons, leur posture barre l'avenir et arrete le temps face à l'oubli. Leur costume permet de dater : 1920. Une veuve s'effondre sur la victime. L'enfant est accompagné d'un autre, ils observent la scène d'un regard pacifiste. L'un porte des vetements qui permettent de dire qu'il fait partie de favorisés, le deuxième vetu tout simplement est la représentation de Paul Dardé, enfant. Deux écoliers qui portent les branches de laurier de la Victoire, en mémoire des 150 disparus pour Lodève. Des quatre femmes, un visage n'est pas ordinaire, celui qui ne porte pas de chapeau, le plus sobre qui est à l'effigie de celle qui devint sa femme, Alice Caubel.

Le monument est inauguré le 8 juin 1921 en présence du Ministre Louis Germain-Martin.

Il perd un fils Léon à cette meme guerre. Son pacifisme s'exprime dans les monuments aux morts. L'usure du temps de cette sculpture est traitée à l'aide d'acide afin de lui donner cette teinte rouille qui frémit comme le feu de la guerre à la lumière. Lumière qui fait allusion au soleil, père de la pierre suivant Hermès. La pierre est le sujet minéral des philosophes.

En 1925, il présente à l'exposition des Arts Décoratifs, au pavillon de Marseille, la cheminée monumentale. Cinq wagons furent nécessaires pour transporter ce monument à Paris.

Solide gaillard d'un 1m82, aux yeux clairs, avec sa longue barbe, il impose. Sa forte corpulence lui laisse l'aisance de ses gestes face à la pierre de Lens, des carrières de Fons (Gard). Les messages quant à eux prennent de l'ampleur par leur engagement et contrarient les pouvoirs publics. La dignité du peuple suit son destin à travers les 8 stèles qui s'égrènent tout au long de son parcours, tel un parcours initiatique pour prendre conscience de notre destin, face au passé. Sa liberté d'expression, ses lettres ouvertes furent corrompues par les notables et politiques qui mirent tout en route pour l'éloigner de son aura. 75 ans d'existence.

En 1927, il est hébergé successivement à Nice, Nimes, La Vacquerie, Chaumes en Brie.

Au Salon de 1930, il présente l'Homme de Neanderthal. Sa tete est de dimension considérable et il n'est pas rare, qu'un visiteur puisse comparer son crane à ce sujet.

Ses succès sont éphémères, sa situation économique devient précaire et ses affaires périclitent. En 1935, il quitte définitivement Paris couvert de dettes. Il se réfugie dans le Larzac, ses biens sont vendus aux enchères, couverts de dettes ses oeuvres sont saisies en 1936. Il s'installe à Saint Maurice de Navacelle, sa mère était originaire du petit village de Navacelles. Il aménage un atelier à la sortie de Saint Maurice de Navacelle qui comprend un ancien moulin qui capte les eaux. Les travaux durent vingt ans.

1956, la maladie lui impose une grande solitude.

Il meurt dans la misère l'année de ma naissance, alors qu'il était né cent avant ma fille, dans un village proche de Lodève, Olmet et Villecun. En 1902, à l'age de 13 ans, il quitte l'école des Frères au moment du certificat d'étude. Il fait une incursion au petit séminaire et le quitte pour aider son père à la ferme. Mais sa passion pour la lecture l'amène à fréquenter la bibliothèque du village. Il dessine à l'encre violette et son inspiration, l'amène maintes fois, à sculpter les rochers. Son père lui installe un atelier dans un ancien cellier de la ferme familiale. Il s'appuyait sur ses lectures pour trouver l'inspiration : Shakespeare, Dante, Tolstoi et bien d'autres. Son travail est remarqué par le Notaire Maitre Martin qui l'invite à rencontrer un professeur de dessin du collège, nommé Max Théron.

En 2005, l'ensemble est classé aux monuments historiques. En 2013, le monument fut restauré avant le centenaire de la guerre de 14 18 et le cinquantième anniversaire de la mort de Paul Daudé. Il y a des noms dans la pierre, des noms de soldats qui ont été remis à la peinture rouge.

Pour effectuer la visite, rendez vous au jardin public qui a remplacé les anciens jardins de l'Evéché et au musée de Lodève pour admirer plus de 2000 de ses oeuvres.

N.B. : Horace Diaz, son ami,  a représenté en sculpture Paul Dardé en 2006.

 

Oeuvres

Macbeth
L'homme préhistorique (La Vacquerie)
Thais aux Enfers
Christ aux Outrages (Musée de Lodève) est la statue préférée de Paul Dardé.
Le Grand Faune
Eternelle douleur (Musée d'Orsay)
La Chanson de Roland
Cheminée monumentale
Homme de Néandertal
Tete aux serpents en gypse (Musée d'Orsay)
Léon Toltoi
Les pleureuses (sépulture privée du Cimetière Saint Lazare à Montpellier)
Vestale (sépulture privée du Cimetière du Père Lachaise à Paris)


Monuments aux morts :
. Bousquet d'Orb,
. Clermont l'Hérault,
. Saint Maurice de Navacelles,
. Soubès,
. Lunel,
. Limoux qui représente "Le Poilu" qui se relève pour écraser l'Aigle, symbole de l'Allemagne.
. Lodève

Stèle à la mémoire des officiers de médecine, à Béziers.

Aquarelles :
. Tete d'homme barbu, 1943

Généalogie

Troisième enfant d'une famille paysanne. Il nait le 5 juillet 1988 à 16 heures à Olmet dans la ferme familiale de Belbézet. Son vrai nom est Paul Adolphe Marie Dardé, enfant de Marie Philomène Jourdan et de Fulcran Dardé. Son grand père maternel était gardois, Palmie Paulin Jourdan (1833), marié à Marie Césarine Metze (1863), originaires tous les deux de Navacelles. Ils se seraient mariés vers 1861.

Elie Dardé est Maire de Lunas en 1912

Ou se restaurer ?

Chateau de Lunas

Maison Baldy à Fondamente

Ou dormir ?

Chateau de Sorgues à Fondamente

 

Bibliographie

Visite de Lodève, le 17 aout 2015

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Traduction  : Français,  Allemand, AnglaisArabe, Hollandais 
Parution :  Jeudi 20 aout 2015
Mise à jour  : Jeudi 20 aout 2015


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