Impasse des Pas Perdus

Ecrire, avancer les mots... sur l'Art naïf, les jardins à visiter, mes carnets de voyage, les lectures, ainsi que ma passion des iris...

03 février 2012

La veillée décomposée

 

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Enluminure_Chastet____LuxureLe sommeil fuyait de mes yeux, l'atmosphère s'inondait d'inattentions, la tension baissait au risque de s'étouffer. S'endormir sans y réfléchir. Je le désire.

Devant moi, j'en suis quasiment certaine, la mort est là. Celle qui nous sépare et nous réunit.

Mes premiers pas d'adulte se faisaient en damier, comme un jeu de "d'âmes" ou d'échec. J'avais perdu l'homme, le pion indissociable de la famille, le père.

Le trouble, le supplice extrême se présentaient comme une guillotine. Sa vie s'était retirée, arrachée en débris sur le bord de la route.

Ce grand malheur de ne pouvoir être seul, vient qu'il n'a pas su rester dans sa chambre et de sa sortie, il a fait rentrer la mort, les retrouvailles et les souvenirs effacés. L'ordre des événements est l'héritage anticipé.

Je suis parmi ces devinettes, ces histoires de famille dont la trame parfois usée laisse apparaître le jour. Tandis que son âme s'élève, j'attrape froid sur mes lèvres qui tendent à extraire un dernier souvenir par ce baiser sur la tempe.

J'écoute sans entendre, sans rien attendre car il est dit qu'il ne reviendra plus. C'est la levée du corps vers le néant dans l'inclémence du ciel qui nous plombe de ses rayons et de douleurs. Le cortège s'étire emmenant au passage les voisins, les amis, les badots, le clergé jusqu'à ce pavé de terre travaillé qui exhume l'odeur "Poussière tu reviendras". 

Tristes les regards, ces masques cloisonnés le temps de la cérémonie.

Sur la tombe d'à côté, j'aperçois Marie et je me retourne, pour voir mon oncle Joseph. Ou est donc passé Jésus, cet homme itinérant qui a laissé sur la route, mon père.

 

Le soleil ce jour-là s'étalait comme un ventre
Qui saignait lentement sur le ciel
La lumière est ma mère ô lumière sanglante
Les nuages coulaient comme un flux menstruel

(...)

Merlin et la vieille Femme, §1,  in Alcools.

Guillaume Appolinaire

 

Suite -La terre & les semailles-

 

Un accident de la route mortel hier sur la route d'Agde dans l'Hérault. Vers les 5 heures du matin, une voiture a quitté la chaussée et s'est encastrée dans le rail. Le conducteur est décédé sur le coup. L'automobiliste était âgé de 42 ans.

BIOGRAPHIE

Essai 

..................................

Traduction  : Français,  Allemand,   AnglaisArabe,  Hollandais
Parution : 3 février 2012
Mise à jour  : 3 février 2012 

 

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Posté par PASPERDUS à 20:26 - Commentaires [20] - Permalien [#]
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Commentaires sur La veillée décomposée

    il est beau ce blé

    Posté par chacha & Ely, 04 février 2012 à 12:57 | | Répondre
  • Des mots qui me parlent. La mort fait de nous des solitaires éternels, une pierre jetée dans l'eau de nos coeurs,qui fait des ronds, infiniment.

    Posté par sarkimi, 04 février 2012 à 14:02 | | Répondre
  • Je viens juste d'échanger quelques mots avec ma voisine Gigi. Elle a perdu une fille il y a quelques années. Une charmante petite Charline qui traversait la route en respectant la signalisation...quand une jeune maman pressée...
    Son sourire nous manque à tous ici...
    Navré de t'écrire ceci mais les mots sont venus du coeur.

    Posté par TJ, 05 février 2012 à 11:03 | | Répondre
  • Merci pour ton passage, c'est vrai que la mort nous laisse sans mot.
    Bon dimanche.

    Posté par Françoise, 05 février 2012 à 11:41 | | Répondre
  • La mort le lot final pour tous et ce mystère après.....
    Mary

    Posté par marydeco, 05 février 2012 à 12:40 | | Répondre
  • La disparition brutale et même violente dans ce cas de figure d'un parent si proche, si important, est terrible! De quoi être vraiment déstabilisé, on le comprend et on compatit!
    Bises

    Posté par Paloma, 05 février 2012 à 14:57 | | Répondre
  • Il aurait pu être moi, j'aurais pu être lui, nous avions le même âge...enfin, je n'en suis pas loin, à quelques mois près !

    Nous choisissons si peu le cours de notre vie, ce qui peut la faire basculer du jour au lendemain. Je comprends que tu es pu écrire en réaction à... je suis construite à l'identique.

    Posté par Petit Roseau, 05 février 2012 à 20:15 | | Répondre
  • Merci pour ton passage. Oui, il y a du déplacement dans l'air. Je suis désolée cette tristesse.
    La mort, en effet nous sépare mais nous réunit.
    Bon courage. Bises.

    Posté par marie du gard, 08 février 2012 à 17:04 | | Répondre
  • Très émouvant.

    Posté par Liliba, 08 février 2012 à 17:09 | | Répondre
  • Un champ de blé

    Un beau texte émouvant sur la mort de ceux qu'on aime ...
    Je suppose que tu as écrit ce texte d'après le fait divers écrit sous la photo Pas à Pas

    Je te fais un gros bisou Pas à Pas et je te souhaite une bonne soirée

    Posté par soleil bleu, 09 février 2012 à 17:14 | | Répondre
  • Je suis très émue par ton billet...
    Un chant me vient à l'esprit...
    Trouver dans ma vie ta présence
    Tenir une lampe allumée
    Choisir avec toi la confiance
    Aimer et se savoir aimé
    Croiser ton regard dans le doute
    Brûler dans l'écho de ta voix
    Rester pour le pain de la route
    Savoir reconnaître ton pas
    Brûler quand le feu devient cendre
    Partir vers celui qui attend
    Choisir de donner sans reprendre
    Fêter le retour d'un enfant
    Ouvrir quand tu frappes à ma porte
    Briser les verrous de la peur
    Savoir tout ce que tu m'apportes
    Rester et devenir meilleur

    Posté par Une page ecrite, 09 février 2012 à 18:37 | | Répondre
  • Je reviens vers toi car me reviens en mémoire un texte de Adhémar de Barros que j'adore...

    J'ai revu le film de ma vie.
    O surprise !
    Les lieux de l'empreinte unique
    correspondaient aux jours les plus sombres
    de mon existence.
    Jours d'angoisse ou de mauvais vouloir ;
    jours d'égoïsme ou de mauvaise humeur ;
    jours d'épreuve et de doute ;
    jours intenables...
    jours où, moi aussi, j'avais été intenable.
    Alors, me tournant vers le Seigneur, j'osai lui faire des reproches :
    - Tu nous as pourtant promis d'être avec nous tous les jours !
    Pourquoi n'as-tu pas tenu ta promesse ?
    Pourquoi m'avoir laissé seul aux pires moments de ma vie ?
    Aux jours où j'avais le plus besoin de ta présence ?
    Mais le Seigneur m'a répondu :
    - Mon ami, les jours où tu ne vois qu'une trace de pas sur le sable,
    CE SONT LES JOURS OU MOI JE T'AI PORTE

    Moi aussi j'ai été beaucoup portée ces derniers mois...
    Bisous

    Posté par Une page ecrite, 09 février 2012 à 18:55 | | Répondre
  • C'est touchant,moi je ne préfère même pas y penser, même pas avoir de la peine, comment dire même pas m'y confronter, l'ignorer la fera peut être ne pas exister....et pourtant.
    J'ai perdue une amie chère il y a peu de temps et je n'arrive pas à m'y résoudre....
    Merci pour ton passage chez moi
    merci pour ces mots
    Bernick

    Posté par bernick, 09 février 2012 à 20:38 | | Répondre
  • c'est un beau texte, qui me parle comme il nous parle à tous ....

    Posté par maevina, 09 février 2012 à 23:32 | | Répondre
  • un texte...

    écrit avec la douleur d'un coeur....toujours triste de perdre un être aimé..!

    ly xxx

    Posté par lady, 10 février 2012 à 06:34 | | Répondre
  • j'ai lu
    je suis plus qu'émue
    et ... mes mots se sont perdus
    écrire peux plus
    Je n'en dirai donc pas plus

    Posté par Elephant Gris, 10 février 2012 à 18:04 | | Répondre
  • Bonsoir

    Un petit coucou
    Bonne soirée

    Posté par noisette, 10 février 2012 à 21:55 | | Répondre
  • Terrible cette amputation irréversible, cette rencontre avec la mort des êtres chers! un magnifique texte Pas à Pas!

    Posté par grain, 11 février 2012 à 13:50 | | Répondre
  • Oui, bien triste tout cela ! Message vraiment approprié +++
    Bon après-midi.

    Posté par JO TOURTIT, 15 février 2012 à 12:39 | | Répondre
  • Un très beau texte qui fait remonter à la surface des souvenirs que l'on voudrait à jamais enfouis.
    La mort d'un parent, d'un frère ( dans mon cas) laisse une déchirure dans le coeur.

    Posté par mamicoeur, 27 mars 2012 à 08:54 | | Répondre
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